Les aliments doudou, ça vous parle ? Si oui, c’est que vous êtes tombés sur les bons interlocuteurs et les bons forums. Si non, c’est normal, pour encore trop de gens les aliments doudou ou l’alimentation émotionnelle, c’est au moins aussi crédible qu’un Batman bien moulé dans son costume en latex.

Tordons le cou une bonne fois pour toute à la formule : amincissement = manger moins de calories et sa petite sœur mesquine : prise de poids = on mange trop. Formule encore trop souvent proposée par ceux qui n’ont jamais eu à se battre avec leur silhouette. Et même par certains professionnels.

D’ailleurs ils n’ont aucun intérêt à trop creuser la question. En ne réglant pas la maladie, juste le symptôme, ils assurent les beaux jours de leur chiffre d’affaires. Un peu trop cynique ? Je vais la garder quand même, on dira que c’est ma jumelle maléfique qui l’a écrite, celle-là.

Quoi ? La perte de poids, c’est pas mathématique ?!

Ah ce serait facile, si on pouvait réduire la problématique du poids à une simple addition ou soustraction mathématique ! Ça permettrait d’enquiller les rendez-vous avec ses patients, de leur coller à tous le même régime alimentaire équilibré : 1800 calories pour les femmes et 2100 calories pour les hommes. Voilà braves gens, on se revoit dans quinze jours pour mesurer la perte de poids (et le succès de la méthode). Et si jamais ça ne marche pas, c’est parce que vous ne savez pas additionner les calories. Ce serait un boulot sacrément facile !

Ah, on me dit que c’est ce qui est pratiqué par encore trop de diététiciens et nutritionnistes.

Du coup, j’ai fait un rêve. Que ces gens-là prennent en compte au moins un élément fondamental du rapport à l’alimentation, je veux parler de l’aliment doudou.

Aliments doudou et alimentation émotionnelle

Je mange ma souffrances et mes émotions

Quand l’aliment est plus une somme d’émotions qu’une somme de calories

En collectant un certain nombre de témoignages, je remarque que la prise en compte du rôle émotionnel de la nourriture est plus revendiquée par les psychologues que par les professionnels de la nutrition.

Alors je vous entends déjà me dire : émotion → psychologie → psychologue. C’est pas complètement affligeant d’incohérence. Certes. Sauf que quand on a des difficultés avec son régime alimentaire, le réflexe est d’aller voir en premier une diététicienne ou une nutritionniste, pas un psychologue.

C’est là que commence parfois la grande incompréhension mutuelle. Je pense qu’une des données fondamentales qu’on devrait prendre en compte en matière d’alimentation déséquilibrée, c’est que les gens sont des adultes.

On a compris le principe de base, merci…

L'alimentation émotionnelle fait prendre du poidsSauf déficience cognitive prononcée, ils sont capables d’intégrer assez rapidement qu’à 5000 calories par jour, il se peut qu’on prenne du poids parce qu’il se peut que ce soit un poil trop pour le fonctionnement normal de la machine qu’est notre corps.

Alors si on le sait, pourquoi le fait-on ?

Pourquoi existe-t-il des compulsions alimentaires ou des déséquilibres alimentaires ? Et pourquoi des gens demandent-ils de l’aide ? Pourquoi autant de business autour des régimes sont-il aussi florissants ? Pourquoi Weight Watchers s’entête-t-il à faire des pubs qui nous prennent vraiment pour des cons (pardon c’est un autre débat, je m’égare) ?

Si ce n’était qu’une simple question de rapport calories / poids, personne ne serait en surpoids parce que tout le monde a pigé le sens de l’équation (oui même moi qui pense que les mathématiques sont une manifestation complotiste des Illuminati).

Quand on mange des émotions plus que des aliments

Un gros Eddy Murphy et ses M&Ms

L’être humain est une somme d’émotions

Faudrait arrêter de croire qu’un adulte n’a qu’un rapport froid et rationnel à la nourriture. A savoir : je mange pour bouger, réfléchir, courir, marcher etc. Et encore heureux, j’ai envie de dire, ça prouve que l’être humain adulte a un cerveau qui est capable de bien plus de nuances que de simplement analyser nos besoins biologiques. J’imagine le truc : “oh, un croissant. 400 calories. Hmm… mon fessier en a-t-il vraiment besoin ce matin, sachant qu’il ne va pas se décoller du siège ?”

Croire que le régime alimentaire c’est une simple association d’aliments, les verts avec les jaunes, les protéines avec les fibres, le sucre avec… rien du tout c’est mieux, est simpliste.

Non, c’est carrément con. Parce que c’est nier ce qu’est l’être humain. Et un être humain est une somme d’émotions, de réflexions, de mélange d’ego, d’inconscient et de subconscient. C’est la somme de ses blessures narcissiques, de ses victoires et de ses échecs. L’être humain, sa vie intérieure, sont un univers entier.

L’éducation nutritionnelle ne suffit pas

Alimentation émotionnelle et goût sucréAlors, quand je suis encore confrontée à tout un tas de théories qui consistent en gros à dire : “le problème du surpoids ? C’est une question d’éducation, on n’explique pas assez aux gens que l’excès de pains au chocolat, ça fait grossir et que si vous ne faites jamais de sport, votre corps stocke.” Je vois rouge.

Non, mais sérieux ? Les gens pensent encore que la totalité de la planète adulte est aussi débile que ça ?

L’alimentation moderne implique une part importante de réflexion.

Eh oui, mesdames et messieurs qui pensez que quand on est gros, c’est qu’on ne sait pas ce qu’on met dans la bouche, en fait, on sait. On sait même très bien. Chaque carré de chocolat ou de bout de fromage qu’on se fourre dans le gosier est le produit d’une intense réflexion. Et cette réflexion tourne autour de nos émotions.

Dis-moi ce que tu manges et je te raconterai ton histoire

Moi, c’est le fromage

C’est provoc’ mais pas tant que ça. Moi, par exemple j’adore le fromage. Tous les fromages. Leur goût me plaît, j’en fais une consommation déséquilibrée. Dans le sens où j’en mange plus que ce que mon organisme a besoin.  Est-ce juste parce que j’aime le goût que j’en surconsomme ? Et est-ce à cause du plaisir lié à ce goût que je n’arrive pas à me réguler ? C’est en tout cas, ce qu’une diététicienne m’a dit un jour. « Essayez de penser à autre chose et buvez de l’eau. C’est juste du fromage. » Ah pardon, je croyais que c’était un hamster, du coup j’avais un peu honte d’en bouffer deux fois par jour.

Seriously ? (oui je m’offusque aussi en anglais pour universaliser mon offuscation…. )

Loki seriously

Si j’ai un rapport si particulier avec le fromage, c’est tout simplement parce que quand j’étais petite et que je préférais les aliments salés à ceux qui étaient sucrés, ma maman me faisait goutter des morceaux de fromage « d’adulte » (ceux que je la voyais déguster en fin de repas avec d’autres grands et ils avaient l’air de trouver ça hyper trop cool).

Quand elle me les donnait, c’était toujours dans une ambiance limite initiatique, notre moment de dégustation à deux. C’était un petit moment exceptionnel autour d’un met que j’associais au monde des adultes qui me fascinait ainsi qu’à la récompense. Quand je mange du fromage, je n’avale pas des calories, j’avale une émotion, un bout de souvenir. J’avale une histoire.

Alimentation émotionnelle et histoire personnelle

Et là, c’est le cas le plus simple quand je connais mon histoire. Parfois, on en est même pas conscient parce que le cerveau ce crevard, il occulte un paquet de choses pour nous protéger.

Les aliments ont tous une histoire. En fait, ils sont même une des manifestations visibles de notre histoire.

Et ce serait bien que ça finisse par rentrer dans le crâne de tous les professionnels qui pensent que leur boulot se résume à nous expliquer le tableau des lipides, des glucides, des acides gras saturés et non saturés. Ou des calories intelligentes, des calories bêtes. Des protéines animales, végétales hybrides, extraterrestres, hétéro, gay ou transgenres.

Tu veux maigrir ? Grandis un peu !

Rompre avec un rapport déséquilibré à la nourriture, c’est entre autre renoncer à sa façon d’appréhender son passé et son histoire. 

Chagrin d'amour et alimentation émotionnelleC’est grandir, c’est prendre du recul par rapport à son ego. Par rapport à cette voix qui nous pousse à associer un souvenir ou une émotion à un aliment. C’est déconnecter l’effet psychologique de la consommation. Comprendre qu’en fait, le fromage n’a rien à voir avec le bien-être que je ressens, en vrai. Parce que c’est mon cerveau qui décuple en moi le goût du fromage parce qu’il l’associe à une émotion positive. Mais en réalité, une autre personne mangerait le même fromage que moi, il le trouverait peut-être bon, mais pas aussi bon que moi, parce que lui n’associe aucun souvenir émotionnel à cet aliment.

Négocier avec son cerveau et son cœur

Manger des gâteaux quand on ne va pas bienDonc quand on parle de rééquilibrage alimentaire, on doit parler à mon sens de négociation avant tout. On va négocier avec notre cerveau et notre cœur. La technique de l’association des aliments est secondaire. Parce que ça, c’est bon, on le sait ou on va vite le comprendre. Une bonne fois pour toutes, sauf si on a vécu sur Mars toute notre vie, on sait ce que c’est qu’un régime alimentaire. Je rappelle que quand on vient toquer à la porte d’un professionnel qu’on va payer, c’est que ça fait un petit moment qu’on galère avec le problème de l’alimentation et qu’on a lu deux ou trois trucs sur la question.

On va devoir négocier avec nos émotions et reprogrammer  notre rapport à certains aliments.

Traiter l’aspect émotionnel pour réussir sa perte de poids

Quand on se lance dans un processus d’amincissement, on se lance dans une introspection. C’est là que le professionnel ne doit pas rater le coche. Il ne doit pas sous-estimer l’aspect émotionnel de l’aliment ou du comportement alimentaire. Quand un client dit qu’à 16 h, il a toutes les difficultés du monde à se passer de son chocolat, ou que le soir vers 18 h, s’il tombe sur le paquet de Granola, il n’arrivera pas à s’arrêter à trois, ce n’est pas qu’une question de volonté ou de déséquilibre nutritionnel dans ses repas. Parce que ce n’est pas qu’une question de Granola.

Et à tous ceux qui pensent encore : surpoids = laisser-aller car manque de volonté, je dirais…. Je dirais merde déjà pour commencer. Et ensuite, je me demande si leur jugement serait aussi tranché avec un alcoolique ou un fumeur. Ah peut-être les plus perspicaces d’entre eux diront que ce n’est pas pareil parce que l’alcool et la cigarette, c’est une addiction.

Ok. Mais pensez-vous que les émotions qui nous viennent de notre histoire sont moins puissantes qu’une réaction chimique provoquant l’addiction ? Pensez-vous que notre psychologie, la somme de blessures et de nos peines sont moins fortes qu’une addiction artificielle ? Elles ont une nature différente, peut-être, mais je ne crois pas qu’elles soient moins fortes.

Il ne faut jamais sous-estimer le fait que beaucoup voit le monde par le prisme de leurs émotions et non pas que par l’objectivité de la raison.

Donc la prochaine fois qu’on regarde un cheesecake, si on disait que ce n’est pas qu’un empilement de crème de sucre et de farine, mais peut-être un empilement de petites histoires ?

Alimentation émotionnelle et amis

Et si la clé, c’était débord de comprendre ce que nous raconte notre régime alimentaire avant d’en changer ?

Rendez-vous sur Hellocoton !
Author

Pas facile d'assumer des rondeurs quand on a toujours fait un 36... et surtout quand sa prise de poids a été rapide et forcée par un traitement médical. Et si son corps avait la capacité de se réguler de lui-même quand on lui donne le bon carburant ? Lucie est l'auteur de notre slogan "mincir en se faisant du bien" auquel elle croit à 100% !

Write A Comment